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Les chemins ruraux : un commun paysager

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C’est à l’échelle du laboratoire expérimental du Grand Site de France Bibracte Mont-Beuvray (12 communes, 42 163 ha), que le Parc naturel régional du Morvan a fait le choix d’une analyse fine, précise et opérationnelle du patrimoine des chemins ruraux.

Des séances de travail en marchant ont focalisé sur les composantes du territoire auxquelles sont attachées les communautés villageoises : les chemins sont immédiatement apparus comme éléments fédérateurs de l’attachement au territoire et au paysage. Ils sont un bien commun à se réapproprier, avec comme objectifs et « intérêts communs à lancer des actions concrètes en faveur de ces paysages ordinaires : les redécouvrir, les sortir de l’oubli en en discutant, en comparant les savoirs des uns et des autres, et programmer des travaux modestes mais qui se voient »

La définition d’un commun résulte de la combinaison de trois éléments :

• Une ressource ou un patrimoine en commun – ici le chemin -, c’est-à-dire « non exclusif » (tout le monde peut y accéder) et « rival » (la consommation des uns impacte celle des autres).

• Une communauté de personnes – ici les usagers – (habitants, riverains, usagers, toute autre partie prenante).

• Des règles d’organisation et de gestion – ici, qui restent à définir -, basées d’une part, sur une reconnaissance de l’utilité collective de la ressource par tous les membres de la communauté, et d’autre part, sur des objectifs décidés collectivement.

Une situation juridique précaire

Par définition, un chemin rural appartient au domaine privé de la commune : il doit être affecté à l’usage du public, et ne doit pas être classé par la commune en tant que voie communale. Il fait donc partie du domaine non cadastré, c’est à dire passant entre des parcelles privées.

Si la voie communale (statut créé en 1959) est imprescriptible, inaliénable et fait l’objet d’une obligation d’entretien, le chemin rural peut être cédé par la commune et faire l’objet d’une prescription acquisitive trentenaire. Son entretien n’est pas obligatoire, mais le maire à obligation d’assurer la continuité de la circulation publique.

La loi du 22 juillet 1983 a instauré un statut de protection des chemins ruraux, au travers de leur inscription possible au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR).

La définition d’une méthodologie de caractérisation

La comparaison des cadastres napoléoniens et des cadastres actuels a fait ressortir une densité exceptionnelle du réseau de chemins ruraux : 1000 km à l’échelle des 12 communes, soit 2,7 km chemins/km². Cette densité s’explique par la dispersion historique de l’habitant en Morvan et l’absence de remembrement agricole qui a permis aux chemins ruraux de perdurer à travers les âges.

En considérant une largeur moyenne de 4m, il s’agit là d’un patrimoine communal exceptionnel, représentant environ 400 ha de foncier communal (soit 33 ha en moyenne par commune).


Des travaux universitaires conduits en 2018 et 2020 ont permis de mettre au point et valider un protocole d’inventaire et de caractérisation, jusqu’à la création d’un projet SIG est embarqué sur tablette via l’application QFIELD, bâti avec l’ensemble des données (scan25, orthophoto, cadastre, voies départementales et communales, chemins ruraux), afin d’opérer la caractérisation des chemins ruraux sur le terrain et d’enregistrer leur état. Un tracé GPS est généré à chaque parcours afin d’accueillir la donnée attributaire saisie sur le terrain et mettre en évidence le passage réel du chemin sur le terrain.

Un projet mobilisateur des élus et des habitants

Une formation des 12 communes à la prise en main de l’outil QFIELD a permis aux maires de monter en compétences : certaines communes ont fait le choix d’investir dans une tablette mise à disposition des habitants pour la caractérisation des chemins ruraux de la commune, d’autres ont vu dans l’application QFIELD un véritable outil de gestion de la commune au quotidien, tous domaines confondus (notamment grâce au cadastre embarqué).

Les données récoltées sur le terrain alimentent un WebSIG, offrant aux élus un outil de gestion de leur patrimoine des chemins ruraux.

Des résultats significatifs

A l’échelle des 12 communes du Grand Site de France, ce sont pas moins de 1000 km de chemins ruraux qui ont été cartographiés. Un test de caractérisation complet a été opéré sur une commune pilote, Glux-en-Glenne, révélant par exemple : 73 km de chemins ruraux dont 18 km (25 % du réseau) sont concernés par des soucis de gestion et peuvent faire l’objet d’une régularisation (dont 10 km de chemins disparus), et 62 % du réseau dans un état “correct” mais plus de 20 % de celui-ci serait mal entretenu.

Une valorisation artistique et sensible

La connaissance des chemins ruraux a été complété par un exercice plus « sensible » avec la réalisation de carnets d’arpentage (du gaulois arepennis, bout de terrain).

L’arpentage des chemins, avec les élus et les habitants, permet d’observer et de recueillir les perceptions sur les paysages du Beuvray, et de récolter les récits du territoire. Ils sont accompagnés par une paysagiste – illustratrice en résidence qui traduit le ressenti des participants dans des carnets d’arpentage. Ces carnets retracent et mettent en dessin les espaces et paysages parcourus, vécus, aimés, regardés, admirés par les habitants du territoire, via le réseau de chemins existants. Ils traduisent les motifs d’attachement des habitants à leur territoire et permettent d’identifier les motifs partagés à l’échelle du territoire de projet. Édités en série limitée et en sérigraphie, ces carnets sont le fruit d’une aventure collective offrant une lecture sensible et partagée des perceptions du territoire.

Une mini collection à l’échelle du Grand Site de France Bibracte Mont-Beuvray est ainsi née de cette expérience, avec 3 carnets édités à ce jour et d’autres à venir.